Grand étang romantique et qui m’a répondu

Grand étang romantique et qui m’a répondu
Où nous nous mélangions comme en l’eau primitive
Plein d’échos douloureux et de nuit en dérive
De jeux, d’ardeur, de chants et de rêve éperdu ;
Si rempli de parfums, dont les sourdes délices
En Octobre montaient de tes roseaux déteints
Sortaient de tes ferments ; étang, puissant calice,
Où j’ai bu si souvent l’ivresse du divin ;

Étang vaste, inondant de ciel tout un pays
Avec tes bords de prés, de halliers, de fougères
Et ta sauvagerie, toi qui m’a recueilli,
Quand je n’étais que cette âme étrangère ;
Étang qui palpitait jusqu’au fond de moi-même,
Partageant mes chagrins et ma félicité,
Mon ombre, mes soleils, j’ai voulu te chanter
Pour te remercier par quelque don suprême ;
Et qu’il reste un reflet de toi, un écho pur.
De tout cet infini qui par toi m’a charmé ;
Que toi, le vrai poète, au front des jours futurs,
Parmi ces vers d’amour, tu sois encore aimé.

Bien d’autres passeront au cours des années brèves
Sur tes bords ravissant, croyant te posséder,
Mais seul j’aurai compris ta grande âme qui rêve
Et vibrant dans mes vers, je saurai te garder.
Et nous vivrons unis dans la même beauté
Sans que le temps jamais disjoigne notre étreinte ;
De quels yeux pourrais-tu jamais garder l’empreinte
Puisque c’est mon regard que tu as reflété ?
Quand d’autres s’enfuiront comme ton eau s’écoule,
Tu resteras l’étang dont je fus enchanté,
Et respirant encor au travers de mon souffle,
Mon cœur te vaudra un peu d’éternité.