Epître

En m’ébattant je fais rondeaux en rime,
Et en rimant bien souvent je m’enrime;
Bref, c’est pitié d’entre nous rimailleurs,
Car vous trouvez assez de rime ailleurs,
Et quand vous plaît mieux que moi rimassez.
Des biens avez et de la rime assez :
Mais moi, à tout ma rime et ma rimaille,
Je ne soutiens (dont je suis marri) maille.
Or ce me dit un jour quelque rimart :
“Viens ça, Marot, trouves-tu en rime art
Qui serve aux gens, toi qui as rimassé ?
– Oui, vois-tu bien, la personne rimante
Qui au jardin de son sens la rime ente,
Si elle n’a des biens en rimoyant,
Elle prendra plaisir en rime oyant;
Et m’est avis que, si je ne rimois,
Mon pauvre corps ne serait nourri mois
Ni demi jour : car la moindre rimette
C’est le plaisir où faut que mon ris mette.”
Si vous suppli qu’à ce jeune rimeur
Fassiez avoir un jour par sa rime heur,
Afin qu’on die, en prose ou en rimant :
“Ce rimailleur qui s’allait enrimant,
Tant rimassa, rima et rimonna,
Qu’il a connu quel bien par rime on a.”