Chant Royal

Petits chantres aislez que le printemps rameine
Quand Flore estend les plis de son manteau de fleurs,
Qui de mille fredons tirez à longu’haleine,
De la mignarde Nimphe esvantez les honneurs ;
Oyseau qui, soubs l’effort d’une ame trop parjure,
Perdis avec l’honneur la première figure, (1)
Toy qui vois par le feu tes ans renouvellez,
Et vous, voisins de l’onde, merveilleux oyselés,
Dont le grand Roy des vents les gésines honnore,
Allez veoir, sous le Ciel des Indiens hallez,
L’infatigable vol des oyseaux de Tidore. (2)

Ils volent sans voler, et leur aisle soudaine
Semble ne mouvoir pas à l’œil des Spectateurs,
Comme lorsqu’un doux vent frise l’ondeuse plaine,
La nef semble immobile à ses soupirs flatteurs ;
Mais voicy leur bon-heur : sans chercher leur pasture,
Ils reçoivent du Ciel leur douce nourriture ;
Ils hument, quand l’Aurore a ses yeux desillez,
La rosée qui cheoit à petits brins perlez ;
Puis, d’un second repas tu soustiens, belle Flore,
Avec les doux parfums de ton sein exhalez,
L’infatigable vol des oyseaux de Tidore.

Leur plumage divers, où Iris prit la peine
D’employer de son arc les plus vives couleurs,
Semble allumer les airs sous la clarté qu’il meine,
Quand Phoebus y respand ses aymables lueurs.
Sur leurs aisles on voit un chef d’œuvre en peinture,
Où de Pourpre et d’Azur esclate la teinture.
O ! que nos yeux seroient par le regard colez
Dessus ses beaux crayons si proprement meslez !
Du moins, dès que Phoebus la campagne redore,
Les miens jusques au soir suivront esmerveillez
L’infatigable vol des oyseaux de Tidore.

Des citoyens de l’air l’un cherche une fontaine,
L’autre, les lieux où Flore embasme l’air d’odeurs ;
L’un s’ayme où d’un ruisseau l’argent vif se promeine,
L’autre fuit dans les bois les célestes ardeurs ;
Mais le Mamuque seul tant de l’air il s’asseure
Que voletant toujours en paix il y demeure :
Lors donc que tu t’en vas revoir les flots salez,
Raconte, ô clair Phoebus, aux peuples Escaillez,
Comme tu vois toujours, dès que la belle Aurore
Parseme de bouquets les planchers estoillez,
L’infatigable vol des oyseaux de Tidore.

Vous qui volez armez d’une griffe inhumaine,
Sanguinaires Faucons, affamez picoureurs,
Quand vous irez questant quelque proye incertaine,
Que le Mamuque soit exempt de vos fureurs ;
Si vous fondez sur eux, la celeste voulture
D’un foudre punisseur vangera cette injure ;
Et vous, fiers Aquilons, qui l’orage soufflez,
Qui de la Terre au Ciel les flots pesle-meslez,
Parcourant l’Orient et le rivage More,
Enfin, arrestez-vous, et jamais ne troublez
L’infatigable vol des oyseaux de Tidore.

Allégorie

Tidore, dans mes vers, l’Eglise nous figure ;
Et les mortels dévots, lors que d’une ame pure
Ils s’eslevent à Dieu, de son amour zelez,
Y sont mystiquement Mamuques appelez.
Cet amour qu’en nos cœurs l’Esprit saint fait esclore
Sera, lorsqu’ils n’en sont nullement esbranlez,
L’infatigable vol des oyseaux de Tidore.