L'orage

Le vieux vient de percevoir d’inquiétants nuages
Là-bas, sur le grand parc chaperonné de vert,
Il a pris par la main ma vieille, et les deux sages
Ont gagné leur marquise aux abois du pivert.

Les vieux, dans le velours se sont assis, placides,
Et leurs yeux ont erré, tranquilles et sereins,
A travers leur vitrail parmi les cieux livides
S’amoncelant toujours au fond des boulingrins ;

Et l’orage est venu, outrageant toutes choses,
Abîmant les rosiers dans le gazon fleuri,
Hachant le chair des lys aux divines chloroses ;

Et l’orage est passé, sur le jardin meurtri,
Les vieux viennent d’ouvrir leur vitrail favori,
Et les deux rentiers boivent l’âme des roses.