Fragment d'un poème sur le mouchoir

Mais pour ce noble emploi je ne veux point vous voir
Déploier, avec grâce, un superbe mouchoir,
Des mœurs de l’Orient évitez la mollesse
Et sçachez de vos doigts emploier la souplesse.
Dès longtems, je le sçais, un luxe dangereux
À ce honteux usage asservit nos ayeux :
Mais jadis les humains instruits par la nature
Sous un chêne fécond recueillant leur pâture
Se mouchoient sans mouchoir et vivoient plus heureux.
Le père des humains dans ses doigts vigoureux
Pressant bien mieux que nous son nés souple et docile
Sçavoit le dégager d’une humeur inutile.




Le coupable intérêt divise les familles ;
On aime le bon vin, on caresse les filles ;
Des cuisiniers trompeurs les perfides apprêts
Succédèrent au gland que donnoient les forêts.
Alors pour déjeuner il fallut des serviettes ;
Mais nul du bien d’autrui ne gardoit ses mains nettes