Baisers et pensées

Joyeux, triomphant de voir son ami :
« Sœur! embrasse-le! » dit l'enfant. Glycère
Rêveuse à l'appel d'une voix si chère
Sourit et, déjà, se penche à-demi...
Mais elle se ravise et sa lèvre empressée
Caresse l'enfant sans baiser l'ami.

L'enfant eut le baiser, pour qui fut la pensée ?.

L'enfant insista : « Ma sœur , je le veux !
Embrasse-le donc. Vois comme il nous aime |

De nous retrouver comme il est heureux I
Je veux qu'on l'embrasse autant que moi-même.»—

A côté du premier baiser
Un autre encor vint se poser.

L'enfant contrarié, dans son humeur chagrine.
Pleure, boudeur et soucieux ;
Pour l'apaiser l'ami s'incline,
Effleure sa lèvre mutine;
Mais, comme l'abeille butine
Du miel et des parfums sur un lys radieux,
Dans ce baiser il en prend deux.

Il a pris deux baisers ; a-t-il pris deux pensées ?

L'enfant, (cet âge est obstiné)
« Je suis bien malheureux ! Glycère !
Tu n'écoutes point ma prière ;
A mon ami rien n'est donné! »

Voyant sa douloureuse moue,
Avec un embarras charmant,
La sœur alors tend doucement
A l'ami son front, puis sa joue;
Et son furtif regard lui dit,
Tandis que l'enfant applaudit,
Puis tient dans ses mains leurs mains enlacées :
« A lui, mais pour toi, baisers et pensées ! »