Ode sur une vieille maquerelle

Esprit errant, âme idolastre,
Corps vérolé, couvert d'emplastre,
Aveuglé d'un lascif bandeau ;
Grande nymphe à la harlequine,
Qui s'est brisé toute l'eschine
Dessus le pavé d'un bordeau !

Je veux que partout on t'appelle
Louve, chienne et ourse cruelle,
Tant deçà que delà les monts ;
Je veux que de plus on ajoute :
Voilà le grand diable qui joute
Contre l'enfer et les démons.

Je veux qu'on crie emmy la rue :
Peuple, gardez-vous de la grue,
Qui destruit tous les esguillons,
Demandant si c'est aventure
Ou bien un effet de nature,
Que d'accoucher des ardillons.

De cent dont elle fut ormée,
Et puis, pour en estre animée,
On la frotta de vif-argent :
Le fer fut première matière,
Mais meilleure en fut la dernière
Qui fit son cul si diligent.

Depuis, honorant son lignage,
Elle fit voir un beau ménage
D'ardeur et d'impudicitez ;
Et puis, par l'excès de ses flammes,
Elle a produit filles et femmes
Au champ de ses lubricitez.


Vieille sans dent, grand'hallebarde,
Vieux baril à mettre moutarde,
Grand mofiau, vieux pot cassé,
Plaque de lit, corne à lanterne,
Manche de lut, corps de guiterne,
Que n'es-tù déjà in pace ?

Vous tous qui, malins de nature,
En désirez voir la peinture,
Allez-vous-en chez le bourreau ;
Car, s'il n'est touché d'inconstance,
Il la fait voir à la potence
Ou dans la salle du bordeau.