Je fus longtemps un Faune assis sous le feuillage,
Parmi les fleurs, au fond d'un parc abandonné,
Où j'épiais, de mon œil de marbre étonné,
Le vol d'un écureuil espiègle ou d'un nuage ;
Un Musée maintenant me tient lieu de bocage,
Et j'ai, pour tout rappel des champs où je suis né,
Le peu de ciel que la fenêtre me ménage
Et deux brins de lilas dont mon socle est orné.
L'exil rend plus vivace en moi votre mémoire,
Oiseaux ! Qui dans le creux de ma main veniez boire
Ce qu'une aube imbrifère y délaissait de pleurs !
Ici, j'ai les saluts d'un peuple qui m'adore
Et les soins de valets dont tout l'habit se dore,
Mais mon cœur est resté là-bas parmi les fleurs !