À une femme

Je ne veux pas savoir si tu m’as aimé, toi !
Ce serait trop de joie ou trop d’ignominie.
Le passé n’est plus rien qu’une cendre finie
Où le vent du hasard souffle avec un effroi.

Je veux seulement voir, dans tes yeux de mystère,
Le reflet des soleils que nous avons connus,
Et, dans tes cheveux noirs, les parfums revenus
Des fleurs qui s’effeuillaient sur notre humble misère.

Qu’importe si ton cœur est maintenant fermé ?
Le mien est un palais où ton image habite ;
La mort pourra venir, elle viendra trop vite,
Mais elle y trouvera ton nom tout imprimé.

Et quand nous dormirons sous la terre profonde,
Nos deux noms, l’un sur l’autre, encore entrelacés,
Feront rêver un peu les amants d’un autre âge
Qui passeront, le soir, le long du vieux rivage.