à Madame de Montatere.
Une Dame, on m'a fait secret,
Encore que je sois discret,
De son nom, de son parentage,
De sa figure & de son âge;
Un ami seulement m'a dit:
Une Dame, & cela suffit;
Une Dame donc fort joyeuse,
D'un Chat qu'elle avoit amoureuse;
Ne sçachant à quoi l'amuser,
Fit dessein de le déguiser.
D'une tresse faite à merveilles,
Et de riches pendans d'oreilles,
Le chef du Chat elle para
Et l'ayant paré, l'admira:
Lui mit au col de belles perles,
Plus grosses que des yeux de Merles,
De Merlan, ce seroit mieux dit,
Mais la rime me l'interdit;
Une chemise blanche & fine,
Une jupe, une hongreline,
Un colet, un mouchoir de cou,
Et force galans du Marcou,
Firent une brave Donzele;
A la verité pas fort belle;
Mais au moins elle ravissoit
La Dame qui l'embellissoit.
Devant un grand miroir, la Dame,
Tenoit la moitié de son ame;
Ce Chat qui ne témoignoit pas,
S'étonner, ni faire grand cas
Des caresses de cette folle,
Ni de se voir comme une Idole.
Cependant quelqu'un qui survint,
Fut cause que la Dame tint
Son Chat avecque negligence.
Sans mettre l'affaire en balance,
Le bon Chat gagna l'escalier,
Et de-là gagna le grenier,
Du grenier gagna les gouttières;
Et voilà la Dame aux prières,
Aux cris, à conjurer les gens,
D'être après son Chat diligens;
Mais dans le pays des gouttières,
Les Marcous ne s'attrapent gueres:
On suivit le Chat, mais en vain.
On s'informa le lendemain
Des voisins, on leur dit l'histoire;
Les uns eurent peine à la croire;
Les autres la crurent d'abord,
Et tous s'en divertirent fort;
Et cependant le Chat sauvage
Ne revint point; la Dame enrage,
Moins pour les perles de son cou,
Que pour la perte du Matou.